Corps, toiles, plis et matières
A mi-chemin entre sculptures, moulées et empreintes de la forme et de l'odeur persistante de corps évanescents, et l'acception usuelle de ce que l'on appelle des toiles, les oeuvres de la Silvia Hatzl rappellent le monde de la scène dont elle est issue.
Ces toiles, ces robes, reliefs ou chrysalides, nous parleraient directement des corps qui les ont habités, de corps qui y auraient déposé la trace, la perspiration de leurs plus intimes secrets.
La matière est le plus souvent fragile et délicate, toujours naturelle : lin, coton soie, papier, choisis et caressés puis froissés, malaxés, pétris, chargés de matière d'une façon à la fois à la fois directement physique et métaphorique d'un vécu et d'une histoire : cendre, pigments, terre s'y déposent, s'y inscrivent en conférant au matériau la densité, la consistance, la complexité d'un épiderme : l'enveloppe fragile se fait vêtement, le vêtement devient la peau, une peau appréhendée au fond comme interface consubstantielle et cristallisée de notre essence la plus profonde.
Au-delà de l'enveloppe, des substrats de notre corps ou des différents stades de notre psyché, qu'y a-t-il, sinon le vide, le néant ? Ou l'absolu, l'infini selon les approches ? Tout se passe comme si autour d'un irréductible noyau générique, de vide ou d'infini donc, strate après strate, notre moi, notre personnalité se constituait suivant un long processus de sédimentation : une personnalisation où génétique, sensations, expériences, pensées, émotions, nous forment dans l'impermanence et le devenir.
C'est également à la contemplation de ces parcours, à la fois singuliers et universels, que Silvia Hatzl nous convie, c'est aussi, parmi d'autres, cette histoire, ces histoires qu'elle nous raconte avec émotion et légèreté.
Emmanuel Lambion |